Fed us (Crédits: Adobe Stock)
Fitch, Jackson Hole. Vendredi 28 août, l'agence de notation Fitch a maintenu la note de la dette française, avec une perspective stable. On comprend qu'elle ne veut pas peser sur les élections présidentielle et législative qui se préparent en 2027, soulignant «un endettement élevé et en hausse, un contexte politique et social rendant difficile l'assainissement budgétaire, ainsi qu'un faible potentiel de croissance». On mesure sa patience et peut-être le message envoyé aux autres agences : 18 septembre pour Moody's et 27 novembre pour Standard & Poor's.
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Ce même 28 août, Kevin Warsh, Président de la Banque centrale américaine, a continué sur son discours balancé, indiquant que l'inflation restait trop élevée avec une croissance forte et une IA très présente, dont les effets désinflationnistes sont toujours espérés. Parler d'inflation fait penser à une hausse des taux, mais les espoirs sur l'IA et l'attente des rapports d'experts à fin d'année plaident plutôt pour la patience, sans oublier Donald Trump.
BCE le 23 juillet : les taux courts sont restés à 2,25%, comme le 17 juin, face à une inflation à 2,6%, plus que 2%. La BCE explique sa position en disant que la baisse des prix de l'essence a été très rapide après la signature du (premier !) protocole d'accord avec l'Iran, suivie d'une remontée plus lente. Attendons donc. Car la démarche de la BCE demeure : pas de forward guidance. Avant la prochaine réunion de décision de la BCE, le 10 septembre, Christine Lagarde précise que seront disponibles une estimation du PIB pour le deuxième trimestre et deux indices des prix. Attendons donc… reste à voir si se confirme une amélioration dans l'industrie, les services, tandis que l'IA continuerait de manifester son appui à la désinflation.
Pourtant, les marchés de la dette s'inquiètent. Les bons du trésor allemands à 10 ans sont à 3,3% pour une inflation à 2,8% et un endettement public à 64% du PIB. Les bons français sont à 4,1% pour une inflation à 2,1% et une dette à 116% du PIB. Ces chiffres montrent que la sensibilité au risque y est forte, plus liée au contexte géopolitique et budgétaire qu'à l'inflation. Conséquence : la hausse des taux courts, si elle est décidée, aura un plus fort effet en France. Les marchés s'inquiètent d'une dette hors de contrôle. Parions sur le maintien, en attendant.
Fed (Banque centrale américaine) le 29 juillet : le nouveau Président, Kevin Warsh a poursuivi son style décalé de communication. Son idée est de ne pas augmenter les taux d'intérêt, même si l'inflation dépasse 2% depuis 5 ans, à… 3,4%, en répétant que 2% est son objectif. Il ajoute pour ses auditeurs journalistes (et les marchés) que la politique monétaire est compliquée, plus compliquée qu'un jeu où une hausse des prix amènerait mécaniquement une hausse des taux.
Il confirme qu'il cessera toute forward guidance, annonce qu'il espacera ses conférences, et arrêtera la publication, l'an prochain, des taux prévus par les membres du board. Il ne veut pas baliser les anticipations : aux marchés de le faire. Message reçu : la probabilité implicite d'une hausse suite à la réunion de la Fed qui était de 75% avant sa conférence de presse passe après à 55%, puis à 32% mais à 57/60% après Jackson Hole ! Les taux à 30 ans, qui échappent aux complications de Warsh mais pas aux tweets et appels téléphoniques de Donald Trump grimpent. Les voilà à 5,2%, le plus haut depuis 10 ans. Kevin Warsh demande sans cesse aux marchés d'arrêter de spéculer sur ses intentions, pour se concentrer sur les données. Ils doivent, dit-il, jouer la balle, non l'arbitre. Et si Trump augmente encore le déficit public ?
Boj (Bank of Japan) le 31 juillet : l'inflation atteint 1,7% en juin, en hausse constante depuis cinq mois. Les taux d'intérêt à 10 ans sont à 2,9%, après des années à 0%, les taux courts cessant d'être négatifs début 2025, pour atteindre 1%.
Les trois grandes banques centrales ont le même souci : faire attendre, même si le conflit au Moyen-Orient fait partout monter l'inflation. Toutes invoquent l'IA, pour soutenir la productivité. Ne pas augmenter les taux courts aux États-Unis, en zone euro et au Japon tient d'une stratégie commune : ne pas enclencher de dynamique inflation-intérêt. Il faut rendre les marchés conscients de la proximité du mur de la dette.
Aux États-Unis, il faut tenir secret le risque (la réalité) de dominance fiscale, celle où la dette publique, plus de 40 000 milliards de dollars, soit 123% du PIB, dépasse le pouvoir de la banque centrale. Il n'est pas politiquement possible d'augmenter les impôts (Trump), sachant que Kevin Warsh voudrait réduire le montant de la dette publique aux mains de la Fed (rêve) ! Qui achètera les bons US ? Au Japon, avec une dette publique à 249% du PIB, il faut qu'elle reste détenue à 98% en interne ! Pareil en zone euro et surtout en France : comment calmer les taux longs, quand s'approchent la présidentielle et le budget ? Les non-résidents détiennent 56% de la dette publique. Jusqu'à quand ?
Toutes les crises financières sont graduelles, marquées par une désaffection croissante vis-à-vis des bons à court terme, annonciatrice du «mur». On remarque ici que la dette courte, certes à 220 milliards, moins de 8% du tout, est à 128 jours, contre plus de 9 ans pour le reste. Rassurant, sauf si l'on sait qu'elle est à 84% en mains étrangères. Un mur se fend en son point le plus fragile, sans prévenir. Pour l'éviter, ce sera face au budget, que les épargnants regarderont les politiques. Supposons qu'ils le savent.
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